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Traduction-adaptation française de l'original en espéranto d'Ulrich Matthias

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4.2. Le mouvement espérantiste protestant


Les protestants qui avaient appris l'espéranto et le pratiquaient créèrent une ligue internationale dès le début des années 1920. L'apparition de cette ligue est fortement liée à l’YMCA (xvii), l'association des jeunes hommes chrétiens. En 1906, le secrétaire du comité central de l’YMCA à Genève, le baron W. Von Starck, se rendit au deuxième UK (fff) qui avait lieu dans sa ville. Il fut immédiatement convaincu de la valeur de la langue pour son association et, en janvier 1907, il publia un article très favorable à l'espéranto dans quelques revues de l’YMCA. Bientôt, de nombreux membres de l'association s'y intéressèrent, certains l'apprirent sérieusement et cherchèrent des correspondants chrétiens. En Suisse également, le pasteur Friedrich Schneeberger adopta l'espéranto, devint même président de la Svisa Esperanto-Societo, "Société suisse d'espéranto", et fut membre du Lingva Komitato, "comité linguistique", avant de passer à l'Ido dont il présidera l'académie. En février 1908, l'ingénieur allemand Paul Hübner (ann. 1 b, fiche 73) de Mülheim sur le Rhin (aujourd'hui intégrée dans Cologne) commença à éditer une petite revue : Esperanto en la servo de la Dia Regno , ≪L'espéranto au service du Royaume de Dieu, qui avait pour but, soulignait-il, d'être ≪un lien entre tous les espérantistes chrétiens,…un bulletin d'information sur la vie chrétienne dans toutes les parties de la terre,…un guide vers Jésus-Christ, notre seul Sauveur≫.93

Comme le mouvement catholique, le mouvement espérantiste protestant créa une revue avant de fonder une association. Et, là aussi, le travail de rédaction et d'administration fut relativement longtemps assuré par une seule personne qui assuma en outre les pertes financières. A la fin de l'année 1908, Hübner avait déjà trouvé 80 abonnés dans 12 pays, et dès 1909, il fit paraître la revue sous le nom, désormais raccourci de : Dia Regno (xviii), nom qu’elle conservera, malgré de courtes interruptions, jusqu'à aujourd'hui.

Au septième UK (fff) d'espéranto à Anvers, le 25 août 1911, eut lieu une réunion des espérantistes protestants. Ils y décidèrent de fonder une association internationale chrétienne. Des débats animés eurent lieu dans les mois qui suivirent à propos du statut et du nom de cette nouvelle association ; les participants optèrent finalement pour Kristana Esperantista Ligo "Ligue Espérantiste Chrétienne), abrégé en KEL (xix). En 1923, ce nom fut modifié en Kristana Esperantista Ligo Internacia abrégé en KELI (xx) La fondation officielle de la KEL n'eut lieu que deux ans après la réunion d'Anvers, le 24 août 1913, à l’UK de Berne ; Paul Hübner (ann. 1 b, fiche 73) y fut élu président. La KELI considère traditionnellement que sa fondation date du 25 août 1911.94

Un événement important pour les espérantistes chrétiens de toutes les confessions fut la parution du Nouveau Testament en espéranto en 1912. En 1909, une commission anglaise, dirigée par le pasteur anglican John Cyprian Rust (~1850-1927), commença la traduction, et, un peu plus de trois ans plus tard, parut La Nova Testamento de Nia Sinjoro kaj Savanto Jesuo Kristo "Le Nouveau Testament de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ". Le premier tirage de 5.000 exemplaires fut écoulé en quelques mois.95

Pour la KEL (s) aussi, c'était un progrès. La collaboration avec l’YMCA (q) pour l'organisation de cours d'espéranto fonctionnait très bien. Début 1914, le comité central de l’YMCA recommanda même officiellement ≪la diffusion de l'espéranto dans tous les groupes de l’Association≫.96 A Paris, pendant le dixième UK (fff) d'espéranto auquel 3.739 personnes s’étaient inscrites, il aurait dû y avoir une nouvelle réunion de la KEL et une rencontre avec des représentants parisiens de l’YMCA. Mais tout comme le congrès de l’IKUE à Lourdes, le dixième UK ne put avoir lieu. Et comme pour Espero Katolika (n), le numéro de juillet/août de Dia Regno (r) fut provisoirement le dernier. La première guerre mondiale interrompit l'activité des espérantistes protestants.

4.3. Les deux guerres mondiales et l'entre-deux-guerres


Pendant la Première Guerre mondiale, l'application de l'espéranto rencontra de nombreuses difficultés. D'une part, la correspondance en espéranto était interdite en raison d'un manque de censeurs pour contrôler les documents écrits dans cette langue.97 D'autre part, on interdisait l'arrivée des revues espérantistes sous prétexte de : ≪mauvaise influence sur les combattants au front≫.98 Presque partout, le nombre de cours d'espéranto et de rencontres décrut très rapidement. Le onzième UK à San Francisco,99 en 1915, ne réunit que 163 personnes, la plupart venues des États-Unis ou du Canada. Le bureau central de l'Association Universelle d’Espéranto (UEA)(xxi) basé à Genève, organisa un service de transmission du courrier familial entre pays belligérants, par lequel transitèrent plus de 175.000 lettres100. “L'initiateur” de l'espéranto, Lejzer Ludvik Zamenhof, mourut le 14 avril 1917 à Varsovie d'une affection cardiaque (angina pectoris).

Il n'est pas facile de trouver des informations sur les activités espérantistes chrétiennes pendant la première guerre mondiale. Mais Edmond Privat (ann. 1 b, fiche 92) dans son “Histoire de l'espéranto”, relève que :

≪Le comité international de l’YMCA a distribué des milliers de livrets d'apprentissage de l'espéranto à des prisonniers de guerre dans divers pays.≫101

Le jour de la Pentecôte 1917, des pacifistes catholiques fondèrent la Mondpacligo Blanka Kruco "Ligue pacifiste mondiale de la Croix Blanche) qui utilisa, dès 1918, l'espéranto pour les contacts internationaux102 et fit paraître dans cette langue sa revue, Blanka Kruco,103 "Croix Blanche".

Dès 1920, les revues Espero Katolika (n) et Dia Regno (r) recommencèrent à paraître.104 Les années 20 virent la création de nouvelles revues et associations chrétiennes utilisant l'espéranto. Mentionnons en particulier Internacio Katolika (IKa) "L'Internationale catholique", créée à l'initiative d'un prêtre, futur prélat romain mais aussi futur martyr, le Père Max Josef Metzger (ann. 1 b, fiche 87), qui fut surtout connu comme pacifiste et “pionnier de l'œcuménisme”.105 Il participa en 1920 à Berne à la conférence préparatoire pour la création de la Société des Nations (SDN), et fut le premier Allemand à prendre la parole en public à Paris après la Première Guerre mondiale au congrès pacifiste international de 1921, à l'invitation de Marc Sangnier (ann. 1 b, fiche 96). Il prit part en 1927 à Lausanne, à la première réunion de "Foi et Constitution", la Commission théologique du Conseil Œcuménique des Églises.

Bien que l' Internationale catholique ait été fondée en 1920 pendant l'UK (fff) de La Haye106, le mot “espéranto” était intentionnellement absent de son nom, l'association s’adressant également aux catholiques qui ne parlaient pas cette langue et même n'avaient pas l'intention de l'apprendre. De 1921 à 1924, le Père Josef Metzger (ann. 1 b, fiche 87) rédigea à Graz (Autriche) la revue Katolika Mondo (xxii) qui, selon son successeur à la rédaction, dépassa les 2.000 abonnés107, et parut jusqu'en 1928.

Le P. Georges Ramboux (1887-1964), journaliste à Bayard-Presse et à la Maison de la Bonne Presse, avait déjà signé des articles dans Espero Katolika en 1913 et 1914, sous l'anagramme de "Max Roub". Il était aussi membre du Comité français de l'Internationale catholique. Après une brève période autrichienne puis néerlandaise d'Espero Katolika (de février 1920 à juillet 1922), c'est lui qui en reprit le flambeau en 1924, fondant deux ans plus tard la Société Saint-Michel, destinée à collecter des fonds pour l'édition de livres et périodiques en espéranto. Et il lança en effet une revue pour les scouts (Skolta Heroldo, 1926), "Le héraut scout", puis un mensuel pour enfants (La Etulo, 1928), "Le petit être = l'enfant", et enfin un bimensuel (Katolika vivo, 1931-32 : vingt cinq numéros) "La vie catholique", tout en continuant à rédiger Espero Katolika jusqu'à fin 1931. Parmi les traductions d'ouvrages et opuscules catholiques en espéranto (1928, 436 p.) notons en particulier la seconde édition de Fabiola ou l'Eglise des catacombes du P. Wiseman, cardinal archevêque de Westminster (1854) (Tours : Mame, 1893),

C'est le Père Ramboux qui prononça, le 16 août 1925 à la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, remplie d'une foule compacte, un sermon en espéranto :

≪sur la royauté universelle de Jésus-Christ, que l'Union internationale des Espérantistes catholiques venait proclamer, ce soir, en se consacrant au Sacré-Cœur.≫

Il s'agissait de la cérémonie de clôture du Xe congrès de l'IKUE (c) – sous le patronage de deux cardinaux et douze évêques –, qui reçut la Bénédiction Apostolique du pape Pie XI par l'intermédiaire du Père Louis-Ernest Dubois cardinal (ann. 1 a, fiche 11) archevêque de Paris.108

En automne 1926, soit un peu plus de 12 ans après le Nouveau Testament, la Bible considérée comme complète, quoique pour l’instant dépourvue des livres deutérocanoniques, parut à Londres en espéranto. Les livres deutérocanoniques sont les livres de la Bible qui n’appartiennent pas à sa partie hébraïque, mais dont plusieurs reflètent un original hébreu ou araméen, et qui, comme tels, sont entrés progressivement dans le canon chrétien (deuxième règle ou canon d’où le mot deutérocanonique) de même qu’ils ont été intégrés dans le texte de la “Bible grecque des Septante” destinée aux juifs de la “Diaspora” (dispersés dans le monde). Lors de la Réforme, les Églises protestantes ne les reconnurent pas comme inspirés par Dieu au même titre que la Bible hébraïque. Depuis le Concile de Trente, intervenu aussitôt après, (1545–1563), l'Église catholique au contraire les considère comme tels. L’origine juive de Zamenhof le conduisait peut-être à une position plus rigide sur ce point ou bien, plus simplement, pensait-il que sa bonne connaissance de l’hébreu le qualifiait plus particulièrement pour la seule traduction du texte hébreu. Il s’agit en tout cas d’une partie des livres d’Esther et de Daniel, des livres de Judith, Tobie, Maccabées, Sagesse, Ecclésiaste et Baruch ; et non pas du deutéronome, 5ème livre de la Bible, appelé aussi parfois livre du deuxième canon (ce qui pourrait ici prêter à confusion) ou deuxième loi (deuteros nomos en grec) de Dieu, universellement reconnue comme partie intégrante de la Bible hébraïque. L'Ancien Testament avait bien été traduit de l’hébreu par Zamenhof lui-même, qui avait mis la dernière main à ce travail en mars 1915. Mais, empêché d’envoyer immédiatement le manuscrit au Biblia Komitato "Comité biblique" (xxiii) en Angleterre, il ne put qu'en informer son président, le pasteur espérantiste John Cyprian Rust. Il lui écrivit en français :

≪Je ne peux malheureusement pas vous envoyer la traduction maintenant, car notre poste n'achemine pas ce qui est écrit en espéranto. Je dois donc attendre la fin de la guerre.≫ 109

Aussi n’est-ce que deux ans après la mort de Zamenhof que le manuscrit arriva enfin en Angleterre où le Biblia Komitato (w) s'occupa, entre 1919 et 1926, de la relecture, des corrections et de l'harmonisation de la terminologie linguistique des deux Testaments. Deux quakeresses, les sœurs Priscilla et Algerina Peckover fournirent l'aide financière nécessaire. En cinq ans, plus de 5.000 exemplaires de la Bible en espéranto furent vendus,110 et les chrétiens de toutes les confessions apprécièrent la traduction pour sa clarté et sa précision. Voici l’appréciation de Richard Schulz, Mein geliebtes Esperanto "Mon espéranto bien-aimé", (Gerlingen, 1984), p. 32 :

«L. L. Zamenhof traduisit même tout l'Ancien Testament. Ses éminentes connaissances de l’hébreu et son génie linguistique lui permirent de traduire cet ensemble gigantesque de textes avec une telle maîtrise, que la clarté, la précision, la beauté de cette traduction ne laissaient plus rien à envier au texte que l’on trouve dans nos langues, tellement elle leur est supérieure.»

La Londona Biblio, "Bible de Londres", a fait jusqu’à ce jour l’objet de plusieurs réimpressions, avec quelques corrections mineures. En 1992 parut au Brésil une traduction moderne des quatre évangiles, œuvre du pasteur remontrant Gerrit Berveling.111 En 1997, la Bible complète, y compris les livres deutérocanoniques fut enfin éditée, sur CD-Rom. Cette version complète a été éditée sous forme de livre en 2003.112

Alors que durant les années 20 alternaient succès et désillusions, les années 30 furent plus dramatiques encore pour les chrétiens espérantophones, tragiques même dans plusieurs pays.

Le Père Juan Font y Giralt (1899-1936), prêtre catalan de Collell près de Gérone, avait été élu président au cours du douzième Congrès de l’IKUE (c), à Assise en 1927. En 1932 il devint rédacteur en chef d’Espero Katolika (n) car le Père Georges Ramboux avait soudain quitté son ministère et totalement disparu. Mais fin 1934, il tombait malade. Des membres néerlandais de l’IKUE assumèrent alors de nouveau la rédaction d’Espero Katolika. Quand, en 1936, le Père Font y Giralt se rétablit, la guerre civile éclata en Espagne. Pendant cette guerre, dix mille chrétiens moururent en raison de leur religion. Le Père Font y Giralt fut l'un de ces martyrs ; le 17 août, ses mains furent découpées à la hache et son corps brûlé.113

Mais revenons en 1932 car cette année-là le Congrès universel avait lieu à Paris. Une messe solennelle, avec chants en espéranto, fut célébrée à Notre-Dame par un prêtre français aveugle, le Père Mollat SJ (xxiv), conseiller de la Ligue française des Catholiques espérantistes. Une étape de plus dans l'usage de l'espéranto y fut franchie puisque non seulement le sermon, prononcé par le Père Christanelle, de Salzbourg, fut en espéranto, mais aussi la lecture de l'Évangile. Les espérantistes y reçurent les bénédictions spéciales des Pères Jean Verdier (ann. 1 a, fiche 50), cardinal archevêque de Paris et de deux autres évêques, Chaptal, auxiliaire de Paris et Pierre-Marie Gerlier (ann. 1 a, fiche 17), titulaire de Tarbes et Lourdes.

Ce congrès fut suivi du premier Pèlerinage-Congrès officiel de Lourdes-Bétharram (réalisant le rêve des pèlerins de 1909). Sauf omission des passages signalés par des parenthèses et ajout des quelques mots placés entre crochets, nous avons voulu respecter le texte ci-dessous dans son intégralité, y compris donc les petites erreurs de frappe :

≪L'après-midi (du lundi 8 août), cinq auto-cars amènent, suivant un pittoresque trajet, nos congressistes, venus de treize pays différents, à Bétharram (…) Ouverture du Congrès de l'IKUE (…) Le Président annonce que notre Union vient de recevoir le haut patronage de S. Em. le Cardinal Verdier [ann. 1 a, fiche 50], archevêque de Paris. (…)

Mardi matin, Messe de Communion à la Grotte [de Lourdes, célébrée par] Mgr Violi, Prélat de Sa Sainteté, venu directement de Milan (…) À l'issue de la Messe (…) Mgr Gerlier [ann. 1 a, fiche 4], Évêque de Tarbes, daignait nous recevoir au châlet épiscopal (…) Monseigneur, s'excusant de s'exprimer en français, trouva des mots de fine bienveillance (…) pour nous assurer de toute sa sympathie envers notre mouvement espérantiste catholique. Et il se prêta le plus gracieusement possible à “être fusillé”, dit-il, par nos camarades photographes. La matinée se termina au cimetière de Lourdes, où nous attirait le pieux devoir de saluer la tombe de M. l’Abbé Peltier, fondateur d’Espero Katolika, et d’y prier en Esperanto

Ayant leurs drapeaux verts comme signe de ralliement, voici que, sur l’Esplanade, vers 13 h 30, sont groupées les jeunes filles en voile blanc, dont une dizaine de gracieuses Hollandaises en robe blanche brodée d’étoiles vertes [symbole de l’espéranto], qui vont précéder les hommes et les ecclésistiques de notre pèlerinage dans la procession du Saint-Sacrement. Et le soir, tous les pèlerins espérantistes sont officiellement placés dans la procession aux flambeaux, derrière leurs étendards, chantant en espéranto le cantique de Lourdes.>> 114(…)

On apprend aussi que :

≪la difficulté des envois d'argent a causé une diminution dans la rentrée des cotisations dont, cette année, le nombre n'a guère dépassé les 2.000, pour 39 pays.≫

Et il est décidé que l'IKUE (c) organisera une section spéciale pour les aveugles catholiques espérantistes.

Après une pause de plusieurs années, la revue Dia Regno (r) fut éditée à nouveau en cette même année 1932 avec pour rédacteur Paul Hübner (ann. 1 b, fiche 73) qui avait dû réduire son action au sein de la KELI (t) dans les années vingt, pour des raisons personnelles, professionnelles et financières. L'espéranto prospéra surtout aux Pays-Bas dans les années trente, ce dont les deux associations, la catholique IKUE115 et la protestante KELI, bénéficièrent dans une certaine mesure.

La situation en Allemagne se révéla bien plus complexe. Hitler arriva au pouvoir en 1933. Beaucoup de chrétiens allemands eurent au début une opinion favorable au nazisme, et il n'est pas étonnant que Paul Hübner lui-même informât les membres non Allemands de la KELI dans le numéro d’avril 1933 de Dia Regno, que ≪la vague athée≫ était stoppée et que ≪le christianisme était sauvé≫.116

En 1936, Hübner affirma qu’ :

≪au bout de quelques temps, les organisations officielles allemandes reconnaîtraient la valeur de l'espéranto et soutiendraient à nouveau le mouvement≫ 117

Son optimisme était totalement injustifié. En février 1936, Martin Bormann, le chef d'état-major du lieutenant général d'Hitler signait le décret suivant :

≪La création d’une langue internationale issue de plusieurs autres étant contraire aux concepts de base du national socialisme (nazisme) et ne pouvant répondre qu'à des intérêts internationaux, le “lieutenant du Führer” interdit à tout membre du parti ainsi qu’à tout membre d’une organisation affiliée, d’appartenir à une association s’occupant d’une quelconque langue artificielle.≫118

Quelques mois plus tard, le 20 juin 1936, un décret de Heinrich Himmler, le chef de la Gestapo, ordonna aux associations espérantistes de se dissoudre si elles voulaient éviter d’être liquidées de force.119 A partir de ce moment, toute action en faveur de la KELI (t) ou de l’IKUE (c) fut interdite en Allemagne. Les activités internationales de la KELI furent reprises par des membres de Suède et des Pays-Bas120, où se tint le XIXe Congrès de l'IKUE en 1937 (La Haye), avec pour thème : "Le catholique dans la vie politique", traité pour la première fois dans un congrès catholique international :

≪Quelques considérations d'ordre national, sur la nécessité ou la possibilité d'un parti politique catholique dans certains pays, [sont] présentées par les délégués de France, Yougoslavie et Tchécoslovaquie, les thèses sont approuvées.≫121

De son côté Paul Hübner (ann. 1 b, fiche 73), alors que la plupart des espérantistes allemands perdaient courage et acceptaient l'interdiction, continuait à écrire dans Dia Regno (r) des articles qui tout de même, à partir de janvier 1938, ne furent plus signés que : “N.N.”.122

En 1938 se tint néanmoins, à Budapest, le Premier Congrès Eucharistique Espérantiste Mondial, avec la participation du P. Antonio Eltschkner, évêque auxiliaire de Prague, président de la Ligue des espérantistes catholiques en Tchécoslovaquie, et du P. Paul Yü-Pin (ann. 1 a, fiche 55), – futur cardinal – alors Vicaire Apostolique de Nankin – dont il deviendra archevêque – qui prononça en espéranto une conférence sur "Eucharistie et pacification sociale". Y fut fondé un Comité espérantiste permanent pour les Congrès eucharistiques, dont ils devinrent présidents d'honneur. Des espérantistes avaient d'ailleurs déjà ≪participé, avec un drapeau vert≫, à des Congrès eucharistiques précédents, le premier étant traditionnellement celui de Vienne en 1912,123 bien que Claudius Colas rapporte aussi, deux ans auparavant, sa :

≪participation au grand Congrès eucharistique de Montréal, où j'ai porté notre bel étendard≫.124

Vers la fin des années trente, Dia Regno (r) était édité aux Pays-Bas.125 Et c'est un Néerlandais également (Petrus Micheel Brouwer) qui était rédacteur-en-chef d'Espero Katolika (n), néanmoins édité et imprimé à Brno (Tchécoslovaquie) où s'était tenu le congrès de 1936. Ales Berka, alors élu secrétaire général et trésorier de l'IKUE (dont même le siège avait été transféré dans la capitale de la Moravie), y était directeur des éditions catholiques en espéranto ELM (Editions de Livres à Bon Marché), qui avait également un service de librairie. Il devait être aussi le directeur d'une "Maison d'Espéranto Catholique" qui n'aura pas le temps de voir le jour, bien qu'en un an ait été collecté suffisamment d'argent pour en lancer la réalisation concrète : l'annonce du grandiose projet (avec proposition d'un emprunt complémentaire auprès des lecteurs) s'étalait sur toute la dernière page du numéro de janvier 1939, mais en mars le pays était envahi. Une lettre anonyme informera que la Gestapo a saisi tout l'avoir de l'IKUE (c) : documents, livres, archives…126

A partir du début de la Seconde Guerre mondiale, qui empêcha très vraisemblablement la "deuxième réunion eucharistique (espérantophone) mondiale" à l'occasion d'un 35e Congrès eucharistique prévu à Nice en 1940,127 les deux revues ne purent plus atteindre une grande partie des abonnés. En ce qui concerne Espero Katolika (n), le numéro de janvier/février 1940, imprimé en Belgique, fut le dernier jusqu'à la fin de la guerre.128 Le 10 mai 1940, les troupes allemandes envahirent les Pays-Bas, et, en février 1941, parut le dernier Dia Regno (r) de cette période. A partir de mars, le mouvement espérantiste néerlandais fut totalement interdit : il était considéré comme “affaire juive”.129 Cependant, l'activité des espérantistes chrétiens ne s'arrêta pas complètement durant la Seconde Guerre mondiale : de 1941 à 1945, la section suédoise de la KELI (t) diffusa sept numéros de Provizora Dia Regno "[Version] provisoire [de la revue] Royaume de Dieu", qui ne furent reçus que par une petite partie de leurs destinataires.130

Bien des usagers de l’espéranto furent victimes de Hitler et Staline. En Allemagne, un certain nombre d’espérantistes furent arrêtés et envoyés en camps de concentration ou camps de la mort au seul motif de leurs actions en faveur de l'espéranto131 ; on en arrêta d’autres pour leurs origines juives, ou pour leur engagement en faveur de la paix.

Dès les premiers jours de l'occupation de la Pologne, les nazis ont tout mis en œuvre pour liquider la famille du Dr L. L. Zamenhof. Son fils Adam, ses filles Sofia, médecin, et Lydia, sa belle-fille Wanda et le beau-frère de celle-ci, le docteur Henryk Minc furent arrêtés le 4 octobre 1939. Adam et Henryk ont été fusillés quelques mois plus tard à Palmiry, lieu d’exécutions sommaires. En 1942, Ida Zimmermann, la sœur cadette de L.L. Zamenhof et les deux filles de ce dernier, Sofia et Lydia (ann. 1 b, fiche 103) furent conduites à la chambre à gaz au camp de la mort de Treblinka. Elles y moururent toutes les trois la même année, ses filles respectivement en août et octobre vraisemblablement.132 Wanda échappa de justesse au massacre.

Le petit-fils, Louis Christophe, alors âgé de 17 ans, faussa compagnie à ses gêoliers dans la gare de triage (Umschlagplatz) au cours de son transfert vers le même sinistre camp de Treblinka.133 Il vit actuellement en France. Ingénieur des Ponts, il rêve :

≪des ponts qui reliraient des hommes et des femmes de tout bord, hommes et femmes d'ethnies, de modes de vie, de cultures voire de religions diverses.≫

Tout en enseignant la théorie des structures aux élèves architectes, il aurait aimé :

≪leur faire apprendre à construire l'édifice d'un monde meilleur, l'édifice de paix et de fraternité des humains.≫

Bien qu'agnostique il voue une haute considération à tous les croyants ; il n'hésita pas, au nom de la Fondation Zamenhof dont il assume la présidence d'honneur, à décerner la médaille de la tolérance au pape Jean Paul II et à le décorer personnellement au cours de la Messe œcuménique que celui-ci présida en l'an 2000 à Drohiczyn en Pologne. Le prêtre espérantiste qui avait fondé le mouvement Una-Sancta-Movado "Mouvement (Église) une et sainte" (titre associant le latin et l'espéranto), Max Josef Metzger, fut arrêté en 1943 et condamné à mort pour “défaitisme”. Il fut décapité le 17 avril 1944.134

Staline considérait comme suspects tous ceux qui avaient des relations avec l’étranger, et les espérantistes en faisaient évidemment partie. La “grande purge” lancée en mars 1937 provoqua la mort de 20.000 à 30.000 espérantistes.135 De grands écrivains espérantistes et espérantologues comme Vladimir Varankine (1902-1938) et Ernest Drezen (1892-1937) figurent au nombre des victimes du régime stalinien.


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