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Traduction-adaptation française de l'original en espéranto d'Ulrich Matthias

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3.2. Les premières années de la nouvelle langue


Zamenhof envoya son Unua Libro, "Premier Livre", à des personnalités, des rédacteurs de revues et des institutions à travers le monde entier. Bientôt arrivèrent les premières réponses, avec des questions, des critiques et des conseils, mais aussi de nombreuses lettres de félicitation et d'approbation. Quelques-unes étaient déjà écrites dans la nouvelle langue. Zamenhof décida de répondre à toutes ces questions et remarques sous forme d'une brochure qu'il publia au début de 1888 sous le titre : Dua libro de l'lingvo internacia, "Deuxième livre de la langue internationale". Il écrivit cette brochure intégralement en espéranto et y raconta que sa profonde confiance en l'homme ne l'avait pas trompé car :

≪de partout viennent en masse des gens prêts à contribuer au travail (...) ; des jeunes et des moins jeunes, des hommes et des femmes. Tous s'empressent d'apporter leur pierre à l'utile construction de cette langue≫.34

Quelques mois après la parution de ce deuxième livre, Zamenhof publia la première œuvre littéraire en espéranto : la nouvelle La negxa blovado, "La tempête de neige", de Pouchkine dans une traduction non de Zamenhof lui-même, mais de l'ingénieur chimiste polonais Antoni Grabowski (1857-1921).

En décembre 1888, le club de volapük de Nuremberg décida d’adhérer à la langue de Zamenhof. Ainsi naquit le premier groupe d'espéranto. Il édita, dès septembre 1889, le mensuel La Esperantisto (viii). A peu près simultanément parut un annuaire contenant les adresses d'un millier de personnes qui avaient appris l'espéranto. Zamenhof constata en janvier 1892 :

≪Au bout de quatre ans, notre littérature comprend déjà plus de cinquante œuvres! (...) Il existe maintenant 33 méthodes et dictionnaires de notre langue dans diverses langues nationales.≫ 35

Mais dans les années suivantes, l'espéranto dut encore lutter contre de nombreuses difficultés. Zamenhof vivait dans la misère, car ni à Varsovie ni à Grodno (où il vécut de 1893 à 1897), ses honoraires d'ophtalmologue ne suffisaient à faire vivre dignement toute sa famille. Ses dettes allaient en augmentant et sa femme elle-même commença à avoir de sérieuses réserves quant à la passion de son mari. Vassiliï Nikolaïevitch Deviatnine, l'un des premiers espérantistes russes, rendit visite à Zamenhof en 1893 à Grodno. Voici comment il décrit ses impressions :

≪Il m'a présenté à son épouse, me confiant ensuite qu'elle n'était plus favorable à l'espéranto, car c'est à cause de cette langue qu'il avait perdu une bonne partie de sa clientèle. Il m'expliqua en souriant : ≪Ils ont probablement peur de venir vers moi, car ils pensent que je suis un peu fou de m'occuper de “telles futilités”.≫ 36

Quelques espérantistes firent pression sur Zamenhof pour qu'il réforme la langue. Les discussions que ces mécontentements engendrèrent firent perdre beaucoup d'énergie au mouvement, mais restèrent infructueuses : Zamenhof écrivit à propos de ces événements en 1894 :

≪Du fait de ces discussions, l'année qui vient de s'écouler est perdue pour notre cause≫.37

Il exprima cependant la conviction que tout finirait bien. Et, effectivement, lors d’un vote intervenu en été et automne 1894, la grande majorité des lecteurs de la revue La Esperantisto (h) se prononça contre toute réforme.

Juste après que Zamenhof eut vaincu cette difficulté, un autre coup atteignit la jeune langue. En février 1895, la revue La Esperantisto (h) fit paraître un article de Léon Tolstoï (ann. 1 b, fiche 99) dans une traduction en espéranto. Il s'intitulait : Prudento aux kredo "Bon sens ou foi" et amena la censure russe à interdire l'entrée de la revue en Russie. La Esperantisto (h) perdit ainsi près des trois quarts de ses lecteurs et dut bientôt cesser de paraître.

L'espéranto survécut également à ce coup du sort. Dès décembre 1895, le club d'espéranto d’Uppsala (Suède) (ann. 1 a fiche 80) fit paraître la revue Lingvo Internacia (ix) qui succéda à La Esperantisto (h).

A partir des années 1900, l'espéranto commença à progresser considérablement. La situation économique de Zamenhof s'améliora. En France, de nombreux intellectuels apprirent l'espéranto. De 1901 à 1914, Hachette publia au moins cent cinquante titres. Dès 1903, le Suisse Jean Borel édita à Berlin des brochures en plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, dont un manuel en 120.000 exemplaires38.

Le premier Universala Kongreso, "Congrès Universel", (dont le sigle UK en espéranto se prononce "ou-ko") eut enfin lieu en août 1905 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Il réunit probablement plus de mille usagers de la langue39 venus de 20 pays40, qui constatèrent avec enthousiasme que la nouvelle langue donnait pleinement satisfaction. Zamenhof insista dans son discours d'ouverture du congrès sur le fait que :

≪Ce ne sont pas des Français et des Anglais qui se rassemblent, ni des Russes et des Polonais, mais des humains avec des humains.≫

Theodor Fuchs, professeur d’Université de Vienne rapporta avec encore plus d'émotion :

≪La grâce a touché l'humanité, le miracle de la Pentecôte s'est reproduit. Nous nous sentons tous frères, tous unis sous la bannière verte de l'espérance... Des larmes coulaient des yeux de vieillards et d’hommes sérieux; un prêtre catholique embrassa un protestant ; et l’initiateur de la nouvelle langue, Zamenhof, évoluait comme dans un rêve, frémissant de tout son corps et n’arrivant plus à retrouver son calme.≫41

3.3. La conception du monde de Zamenhof


Pour Zamenhof, l'idée de langue internationale s’inscrivait dans un idéal plus important. Il avait la vision d’un monde où toutes les barrières entre les peuples disparaîtraient, qu'elles soient linguistiques, religieuses, ethniques ou sociales.

Mais il ne plut pas à tous les espérantistes que Zamenhof expliquât ses conceptions. Le Français Louis Eugène Chevreux (plus connu sous son pseudonyme de "de Beaufront") s'opposa, vers 1900, à ce que l'espéranto soit lié à des visions idéalistes. Il insista sur l'intérêt pratique de la langue, voyant en elle un bon moyen de se comprendre dans les relations internationales. Il mit l'accent sur son utilité dans le commerce, la science et le tourisme. Officiellement pour des problèmes de santé, Louis "de Beaufront" ne participa pas au premier congrès. Selon certains, les aspects idéalistes, presque religieux selon lui, des débuts du mouvement espérantiste l’en dissuadaient ; il y voyait un grand danger pour le succès de l'espéranto.42 Selon d'autres, intervinrent plus vraisemblablement des questions d'intérêt au sujet desquelles un participant du congrès, M Carlo Bourlet, avait vivement et clairement fait apparaître dès 1903, que "de Beaufront" aurait tiré la couverture à lui au détriment de Zamenhof. Ravivé à quelques jours du Congrès, malgré l'intervention de Zamenhof, ce fort soupçon faisait perdre à "de Beaufront" une part importante de son autorité au sein du mouvement.43

Zamenhof essaya de trouver aussi un compromis entre ses convictions pacifiques personnelles, qu'il partageait essentiellement avec les nombreux pionniers russes de l'espéranto, et les attitudes plus limitées et réalistes des autres, majoritairement français. Au premier U.K, il proposa une déclaration qui fut acceptée à l'unanimité. Ce texte définit “l'espérantisme” comme :

≪l'effort fait pour répandre dans le monde l'usage d'une langue neutre qui, ne s'immisçant pas dans la vie interne des peuples et ne visant aucunement à évincer les langues nationales existantes, donnerait aux hommes de diverses nations la possibilité de communiquer, pourrait être un facteur de paix pour les institutions publiques des pays où des communautés sont déchirées par des conflits linguistiques, et dans laquelle pourraient être publiés les ouvrages qui présentent un égal intérêt pour tous les peuples. Toute autre idée ou aspiration que telle ou telle personne associe à l'espéranto est une affaire tout à fait privée dont l'espérantisme n'a pas à répondre.≫ 44

Tournons maintenant nos regards vers l'image du monde religieux de Zamenhof. Comme on le voit dans cette déclaration, l'espéranto est une langue neutre, des points de vue idéologique et religieux; apprécier l'espéranto ou appartenir à des groupes d’usagers n'oblige en rien à adhérer à l’image du monde de Zamenhof. Celui-ci n'était pas chrétien, mais appréciait la foi chrétienne et les autres religions qui étaient ouvertes au dialogue et au travail en commun. Sa mère était une juive pieuse et son père était athée. Zamenhof raconte à propos de son évolution religieuse :

≪Dans mon enfance, je croyais en Dieu et en l'immortalité de l'âme, dans la forme que me montrait la religion maternelle. Je ne me rappelle pas très précisément à quelle période de ma vie je perdis la foi ; mais je me rappelle que le plus haut degré de mon incroyance se situa pour moi vers l'âge de 15 -16 ans. Ce fut aussi la période la plus tourmentée de ma vie. A mes yeux, la vie dans son intégralité avait perdu tout sens et toute valeur.≫ 45

A 17 ans, fait nouveau, il ressentit : ≪que la mort n'était peut-être pas une disparition.≫46

Se forma alors en lui la croyance en un ≪mystère puissant et incorporel≫ qui était en même temps une ≪grande source d'amour et de vérité≫, comme il l'écrivit en 1905 dans son poème “Prière sous la bannière verte”. Il prit conscience de l'impact positif que peuvent avoir les croyances religieuses sur l’être humain :

≪Un enfant élevé en dehors de toute religion ne peut ressentir dans son cœur le bonheur, la chaleur qu’apportent aux autres enfants le lieu de culte, les traditions religieuses et la présence de Dieu dans le cœur. Comme elle est cruelle, la souffrance d'un enfant d'incroyant lorsqu'il voit un autre enfant, pauvre peut-être, mais le cœur heureux, se rendre à un office religieux, alors que lui n'a pour le conduire sur le chemin de la vie ni règles, ni fêtes, ni traditions ! ≫ 47

Et devant des jeunes chrétiens, il fit cette confidence :

≪Je ne suis qu’un humain, descendant des Hébreux, libre de ma croyance ; mais... existe-t-il quelque chose de plus beau au monde que de suivre les enseignements de Jésus ? ≫48

C’est une conviction de type religieux qui fit naître en Zamenhof l’aspiration vers un monde où règnerait l'amour, la vérité et la paix. Il exprime cela avec une clarté particulière dans sa “Prière sous la bannière verte”. Des expériences de l'enfance, mais aussi les pogroms49 perpétrés par les soldats russes dans sa ville natale, Białystok, confirmèrent en lui la décision de contribuer à la cohabitation pacifique des peuples. Dans son discours au deuxième UK (fff) à Genève, en 1906, il rapporta :

≪dans les rues de ma malheureuse ville natale, des sauvages se sont jetés avec des haches et des barres de fer comme les plus cruelles des bêtes contre des habitants tranquilles dont la seule faute était de parler une autre langue et d'avoir une autre religion que ces barbares. Cette différence servit de prétexte pour fracasser des crânes, crever les yeux d’hommes, de femmes, de vieillards infirmes et d'enfants sans défense ! Je vous épargnerai les détails sordides de la boucherie bestiale de Białystok ; mais je tiens à vous dire, à vous qui pratiquez l'espéranto, que les murs contre lesquels nous nous battons sont encore terriblement hauts et épais.≫ 50

Se basant sur cette expérience, il insista sur le fait qu'il “ne veut avoir rien de commun avec un espéranto qui ne servirait qu'à des fins commerciales et utilitaires”.51 Pour lui, ce qui importe, c'est “la fraternité et la justice entre tous les peuples”.

Aussi fermement, mais pas aussi ouvertement que pour la destruction des barrières linguistiques, Zamenhof s'engagea pour le rapprochement mutuel des religions. La sixième et dernière strophe de son poème “Prière sous la bannière verte” contient les vers : “chrétiens, juifs et musulmans, nous sommes tous fils de Dieu”. Mais cette strophe fut omise52 dans la version de cette prière conservée à la bibliothèque de St-Omer et qu’il déclama au premier UK (fff), à l’issue de son discours inaugural. Elle ne figure pas davantage dans le texte qu’il publia dans la Fundamenta Krestomatio "Anthologie fondamentale" (x). Marjorie Boulton, auteur d'une biographie de Zamenhof en anglais, écrit à ce propos :

≪Pendant de longues années, les amis de Zamenhof l'obligèrent à enlever la sixième strophe du poème. Ses amis chrétiens de France avaient peur qu'en pleine affaire Dreyfus, ce concept compromette l'espéranto aux yeux de beaucoup.≫ 53

Zamenhof se conduisit aussi prudemment avec ses œuvres sur l'hilelismo (xi) ou l'homaranismo 54 et (l). Il s'agissait d'instructions pour promouvoir la fraternité entre les êtres humains. Le mot "hilelismo" vient de Hillel l'Ancien, érudit juif qui fut très actif à Jérusalem entre 30 avant JC et 10 après JC 55 et : ≪a infléchi l'évolution du judaïsme dans un sens libéral≫56. Mais la thèse de Zamenhof n’était pas dirigée uniquement contre la discrimination envers les juifs, et c'est pourquoi il lui préféra ensuite le nom d’ homaranismo" (xii) ce qui concerne tout membre de l’humanité, tout être humain". Dès 1901, Zamenhof prépara un essai intitulé, en russe, Гиллелизм (Gillelizm), et il l'envoya à quelques amis. Mais ce n'est qu’en 1906 que celui-ci fut accessible au public sous forme de brochures, et d'articles dans la revue Ruslanda Esperantisto "Espérantiste de Russie" (m). Dans les deux cas, il le fit anonymement et, à chaque fois, il rappela qu'on pouvait être un excellent espérantiste et en même temps opposé à l' hilelismo (k) ou plus tard à l' homaranismo (l).

Au Congrès universel d'espéranto de 1912 à Cracovie, Zamenhof demanda qu'on le libère de toutes ses fonctions dans le mouvement pour l'espéranto afin qu'il puisse s'engager comme n'importe qui pour ses idéaux personnels.57 C'est seulement à ce moment-là qu'il se sentit libre de faire paraître sous son propre nom la brochure : Homaranismo, dont le contenu était en grande partie identique au texte de 1906. Cette brochure parut en 1913 à Madrid. Les citations suivantes donneront au lecteur une idée de ses conceptions :

≪II. Je ne vois en tout être humain qu’un être humain, et je ne le juge que sur sa valeur personnelle et sur ses actions. Pour moi, toute offense ou pression exercée sur un être humain pour la seule raison qu'il appartient à une autre race, une autre langue, une autre religion ou une autre classe sociale que la mienne est un acte de barbarie.

III. J'ai conscience du fait qu’aucun pays n'appartient à une race donnée, mais appartient au même titre à tous ses habitants, quelle que soit leur provenance, leur langue ou leur rôle dans la vie sociale (...)≫58

Ces extraits de la brochure de 1913 montrent que Zamenhof était en avance sur son temps. Son engagement pour le respect mutuel, la compréhension, l'égalité des droits et la cohabitation pacifique des religions et des peuples est aujourd'hui, plus que jamais, d'actualité.

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