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Traduction-adaptation française de l'original en espéranto d'Ulrich Matthias

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6. Faits et arguments

6.1. La situation linguistique dans l’Église


Au cours du Concile Vatican II, une vive discussion s’enflamma autour du latin. Certains s’exprimèrent en sa faveur, comme, par exemple, le Père J. Mc Intryre, cardinal de Los Angeles :

≪Le latin s’est montré un moyen adéquat pour l’universalité de l’Église (…) il s’est avéré être un instrument performant surpassant tout nationalisme et toute pression politique. Il est toujours une langue utile et universelle. ≫206

Mais bien d’autres prêtres, évêques et cardinaux portèrent à son égard des jugements négatifs. C’est ainsi que le Père F. Simons, évêque d’Indore (Inde), déclara :

≪Il n’est pas vrai que le clergé possède parfaitement le latin. Il arrive souvent, même durant les audiences pontificales, que celui qui ne parle pas italien ou français, doive recourir à un interprète et plusieurs évêques ici présents utilisent le latin pour la première fois. Le Concile devrait suivre le modèle des grandes manifestations internationales et assurer l’interprétation simultanée dans les langues modernes les plus connues. Depuis longtemps déjà la correspondance avec la Curie romaine (il faut l’en féliciter!) se fait aussi dans les langues modernes, ce qui prouve que le latin n’est pas absolument nécessaire. La plupart des membres du clergé ne lisent les textes fondamentaux et les œuvres des Pères de l’Église que dans leur propre langue.≫207

Le Père J. Maalouf, évêque de Baalbek (Liban), se plaignit que plusieurs Pères conciliaires ne maîtrisaient pas suffisamment le latin et mit le Concile en garde contre la tentation d’approuver à la hâte des textes importants. Il s’exprima en français, tout en s’en excusant : il connaissait mal le latin et s’il parlait arabe, la très grande majorité ne le comprendrait certainement pas.208 Il est anecdotique de faire remarquer ici que si le latin est invoqué pour une fidélité à la tradition chrétienne, ce ne sont pas les prêtres célébrant en latin qui sont le plus près des origines du christianisme mais bien certains prêtres libanais, qui prononcent encore les paroles de la consécration dans la langue du Christ, l'araméen.

Le P. Cushing, alors cardinal archevêque de Boston (États-Unis d'Amérique), formula lui aussi ses regrets au sujet des barrières de la langue.

≪Je n’oublierai jamais le Concile ! Je n’ai rien compris à rien, car je n’ai entendu que des discours en latin. Pour moi c’était du chinois ! Je me demande combien d’autres Pères conciliaires ont été dans la même situation. Je siégeais entre deux cardinaux italiens âgés, certainement très méritants. Ils ne savaient pas l’anglais et moi pas l’italien.≫209

Le Concile autorisa l’usage des langues maternelles dans la liturgie catholique. Cette autorisation ne visait nullement à évincer le latin, mais c’est ce qui s’est produit en fait. La décision du Concile n’allait pas de soi. Voyez l’Église orthodoxe russe : elle continue d'utiliser le slavon dans la liturgie. Dans l’Église catholique, aujourd’hui encore, quelques évêques et cardinaux n’hésitent pas à se dire déçus des suites de cette décision.

Fin 1999 le P. Ratzinger, cardinal allemand, demanda aux évêques de ≪redécouvrir la messe en latin≫. Selon lui la ≪créativité sauvage≫ qui suivit Vatican II a eu pour effet de ≪détruire le caractère mystérieux du sacré.≫ A l’inverse, l’ancienne liturgie en latin ≪n’est pas un traditionalisme effrayant, mais en fait le désir de prendre part à la Divinité». De façon plus tranchée que le P. Ratzinger, les adeptes de la confession religieuse fondée par Mgr Lefebvre210 estiment que la langue parlée dans la rue n’est pas adaptée aux mystères de la messe. Selon eux l’usage des langues maternelles prétend rendre la liturgie et l’eucharistie plus compréhensibles, mais il n’atteint pas cet objectif.211

La "Fraternité Sacerdotale Saint Pierre", qui regroupe des prêtres catholiques à tendance traditionaliste,212 s’emploie à montrer l’utilité de la langue et de la liturgie unitaires dans l’Église en reprenant les termes prononcés par le Père Frings, cardinal allemand, (1887 – 1978) en 1957. Voici une citation de sa page d’accueil :

≪Quand, il y a peu de temps, je revins de mon voyage au Japon et en Corée, l’on me demanda ce qui m’avait le plus impressionné, je pus et dus répondre : L’étendue et la catholicité de notre Sainte Église. Car j’ai trouvé là-bas la même foi et la même fidélité au représentant du Christ, le Pape de Rome. Et quand, à Hiroshima et à Séoul, je célébrais une messe pontificale, quand je célébrais dans la chapelle du nonce à Tokyo ou ordonnais diacres des étudiants en théologie japonais, américains et européens, je fis là les mêmes gestes de la même manière que chez nous à Cologne. -- Josef cardinal Frings, 5 juillet 1957213

La situation actuelle est bien différente, ne serait-ce que parce qu’un cardinal allemand n’utilise plus la même langue à Séoul et à Cologne. Le latin s’est avéré trop difficile pour servir efficacement l’unité de l’Église. Même le latiniste principal du Vatican, le Père Abbé Carlo Egger déclare :

≪Le latin aujourd’hui a à peine une chance de survivre dans l’Église catholique. La vérité simple est que nombreux, trop nombreux, sont les évêques qui ne savent plus le parler.≫ 214

Son observation rejoint ainsi les simples constats que nous avons pu faire en France et dont nous avons fait état au paragraphe 1.2 sans pour autant en être nécessairement aussi contrariés que lui. Il ne pourrait être que plus pessimiste encore sur ce point s'il savait que le latin n'est plus qu'une matière à option dans nos séminaires. À en juger par ses propos, il semble bien qu'il l'ignore!

L’Église catholique actuelle est multilingue. Elle utilise essentiellement les six langues les plus répandues parmi ses fidèles: l’espagnol (23 %), le portugais (12,8 %), le français (6,8 %), l’anglais (6,7 %), l’italien (4,8 %), l’allemand (3,6 %), le polonais (3,3 %), le tagalog, prinicpale langue des Philippines (3,1 %); les 36, 8 % restants se répartissent les autres diverses langues.

C’est dans ces langues que l’on peut lire la page d’accueil de http://www.vatican.va. L’Osservatore Romano (xxxvi) paraît aussi chaque semaine dans ces six langues ; il existe en outre une parution mensuelle en polonais.

Radio Vatican émet ses informations en 47 langues, dont l’espéranto, mais pas en latin. C’est d’ailleurs en un nombre plus important de langues, environ 60, que le Pape Jean-Paul II présente ses vœux à Pâques et à Noël.

Les évêques et les cardinaux du monde entier se comprennent entre eux soit par le truchement d’interprètes, soit gr­âce à leurs connaissances linguistiques. Cependant c’est loin de donner toujours satisfaction, comme l’atteste le témoignage suivant prononcé en 1999 par le P. Hermann Josef Spital, alors évêque de Trèves (Allemagne) :

≪L’évêque de Trèves n’est pas nécessairement un expert en italien, français, anglais, polonais ou espagnol. Mais ce sont ces langues qu’on parle au Vatican. Le P. Spital se rend régulièrement aux réunions du Pontificium Consilium de Communicationibus Socialibus, le "Conseil pontifical pour les moyens de communication sociale". Il en est membre avec droit de vote, en sa qualité d’évêque allemand. Mais au Vatican il dépend des germanophones et de la gentillesse de ceux qui, parmi les spécialistes pontificaux des moyens de communication, savent l’allemand et lui servent de conseillers et d’interprètes. Quand les discussions informelles se font plus vives, c'est comme si on l'avait mis à la porte, linguistiquement parlant. Ce n’est certes pas une expérience très agréable.≫ 215

La barrière des langues divise aussi et davantage encore les simples fidèles, comme le montre la citation de la revue diocésaine allemande Tag des Herrn ("Le jour du Seigneur") dans son numéro 14 de 1997. Il s’agit d’un entretien avec Alfred Hoffmann, responsable du Conseil presbytéral du diocèse de Görlitz, ville allemande proche de la frontière polonaise.



Question : Depuis la fondation du diocèse il a été question d’établir un “pont” entre catholiques allemands et polonais que devait prendre en charge Görlitz. Mais, jusqu’à présent, seuls quelques paroissiens ont des contacts suivis avec la Pologne. Entrevoyez-vous une chance pour que cela change ?

Hoffmann : Le problème essentiel ne réside pas dans un manque de confiance réciproque, mais bien dans la barrière des langues. Je porte mes voisins polonais dans mon cœur, mais je me heurte toujours à ce problème qui rend difficile un véritable échange.216

Parfois les chrétiens minimisent les problèmes linguistiques, c’est ce que tend à montrer, par exemple, la page d’accueil des missionnaires de Steyl :

≪Cependant les missionnaires de Steyl qui doivent se battre, dans 62 pays, contre toutes les difficultés imaginables, ne se heurtent à aucune difficulté d’intercompréhension, ni linguistique, ni ethnique, ni culturelle. Leur langue maternelle est, comme le dit le nom de leur ordre, le “verbe de Dieu”. Grâce à lui ils s’organisent en toutes régions linguistiques, pensent, agissent, rêvent, se comprennent et partagent entre eux la paix.≫ 217

Lors des réunions de jeunes de la communauté de Taizé la compréhension internationale fonctionne parfois bien, parfois mal ou absolument pas. La partie la plus importante des rencontres d’été est consacrée à l’introduction quotidienne à la Bible en grands groupes. L’introduction destinée aux adultes (c’est-à-dire pour les plus de 29 ans) a lieu habituellement, selon la connaissance linguistique du "frère animateur" en français avec traduction en anglais ou inversement. Mais seules 10 % environ des personnes présentes ont l’une de ces langues comme langue maternelle, et l’on peut estimer que si 10% du reste de l’assistance réussit à comprendre sans problème un exposé théologique dans l’une de ces langues, c’est déjà beaucoup. Par conséquent on recherche des traducteurs bénévoles pour huit à dix autres langues. Les participants qui ne comprennent ni l’anglais ni le français prennent place devant les autres et entendent chaque phrase dans ces deux langues, puis dans la leur. C’est ce qu’il est convenu d’appeler en langage professionnel l’interprétation par "chuchotage".

En général, à Taizé, selon le souhait des organisateurs, les petits cercles d’échange doivent être internationaux. L’anglais est la langue de base et ceux qui en sont capables doivent aider à la traduction. Lors du Camp œcuménique de la Jeunesse de l’été 2000, trois espérantistes d’Allemagne et de Pologne se trouvèrent mêlés à des personnes venues d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie et de Russie. Chacun réussit tant bien que mal à se présenter en anglais, mais quand on est passé à un échange plus approfondi sur le thème proposé, “le livre de Jonas”, ou sur des questions théologiques comme “qui est Dieu ? ” les connaissances du plus grand nombre ne furent absolument pas suffisantes.

On essaya de résoudre le problème en tirant parti des compétences linguistiques de quelques participants. Il s'avéra que la seule voie, pour qu’une Espagnole puisse comprendre les propos d’une Russe, était la suivante : Natacha (Russie) parlait sa langue maternelle, Stanislas (Pologne) traduisait ses propos en espéranto, Reinhardt (Allemagne) assurait le passage de l’espéranto à l’anglais et, finalement, José (Espagne) traduisait en espagnol pour que Carmen, sa compatriote, comprenne ce que Natacha avait dit. Cette communication indirecte présente de graves inconvénients. Elle demande beaucoup de temps, entraîne un risque d’imprécision sinon d’erreur, et, ce qui est sans doute plus grave, crée une distance entre les membres du groupe. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’on ne peut exprimer dans une langue étrangère que ce que permet la connaissance de cette langue ; souvent cela ne suffit pas pour conduire une conversation intéressante.

D’autres présentations ou travaux de groupes à Taizé firent apparaître l’utilité de l’anglais, mais aussi ses limites. Pendant les présentations personnelles, par exemple des Philippins ou des Sud-Africains, chacun fut heureux de faire connaissance avec les représentants de ces peuples, même sans comprendre chaque mot. Mais ce fut bien différent dans divers groupes de travail où une compréhension nuancée de ce qui était dit revêtait une importance capitale. Par exemple, le film “Le Christ ressuscité”, qui consiste pour l’essentiel en une interview du Père Gustave Martelet, théologien SJ (x), fut projeté séparément en version anglaise et en version française. Les deux groupes se rassemblèrent ensuite en un cercle bilingue de discussion. On aurait pu s’attendre à de vifs échanges en anglais. Erreur ! Le groupe fut peu animé et parla surtout français, car les francophones se trouvaient être les plus nombreux. Ceux qui avaient une autre langue maternelle préférèrent garder le silence. Peu d’entre eux manifestèrent à la fois leur capacité et leur disposition à discuter de la résurrection du Christ dans une langue étrangère.

La communauté de Taizé organise aussi à chaque changement d’année une rencontre de jeunesse internationale attirant plus de 50.000 participants. Au passage de 1999 à 2000 cette rencontre eut lieu à Varsovie. La communauté diffusa par la suite une brochure reprenant dans leur langue les impressions des participants allemands. Parmi les 50 rapports les plus courts, dix mentionnent la barrière des langues, pour dire avec une belle unanimité que, souvent, même les conversations les plus simples furent impossibles.

Quelques participants, tel Stefanie de Ratisbonne, acceptèrent avec réalisme cette situation :

≪La famille qui nous avait invité ne parlait ni anglais ni allemand, pourtant nous avons pu fort bien comprendre et ils ont toujours trouvé le moyen de nous rendre heureux.≫ 218

D’autres furent déçus, comme Gregor, de Francfort :

≪J’attendais surtout, avec un vif intérêt, l’échange avec les gens et les populations d’Europe centrale et orientale. Au cours de la rencontre je me suis rendu compte que la barrière des langues était toujours bel et bien là, de sorte que les gens de langue slave doivent rester entre eux. Très peu d’Occidentaux parlent une langue slave. Les quelques mots polonais ou russes que nous connaissions ne suffisaient pas pour un véritable échange avec les autres ou avec les familles invitantes. Je le regrette.≫ 219

Presque tout le monde s’accorde aujourd’hui à reconnaître qu’il serait souhaitable de supprimer ces barrières. Mais rares sont ceux qui se rendent compte que la voie praticable, déjà expérimentée avec succès, consiste à utiliser une langue internationale neutre.

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